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GUILLAUME APOLLINAIRE •• SI JE MOURAIS LÀ-BAS


Musique : Jacques Marchais
Interprète : Jacques Marchais


Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur

Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier

Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants

Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleurs plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté

Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie

Ô mon unique amour et ma grande folie

L a nuit descend
O n y pressent
U n long destin de sang


Ombre de mon amour

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CHARLES CROS •• L’ORGUE


Musique : Frédéric Navarre
Interprète : Jacques Marchais


Sous un roi d’Allemagne, ancien,
Est mort Gottlieb le musicien.
    On l’a cloué sous les planches.
        Hou ! hou ! hou !
    Le vent souffle dans les branches.

Il est mort pour avoir aimé
La petite Rose-de-Mai.
    Les filles ne sont pas franches.
        Hou ! hou ! hou !
    Le vent souffle dans les branches.

Elle s’est mariée, un jour,
Avec un autre, sans amour.
    « Repassez les robes blanches ! »
        Hou ! hou ! hou !
    Le vent souffle dans les branches.

Quand à l’église ils sont venus,
Gottlieb à l’orgue n’était plus,
    Comme les autres dimanches.
        Hou ! hou ! hou !
    Le vent souffle dans les branches.

Car depuis lors, à minuit noir,
Dans la forêt on peut le voir
    À l’époque des pervenches.
        Hou ! hou ! hou !
    Le vent souffle dans les branches.

Son orgue a les pins pour tuyaux.
Il fait peur aux petits oiseaux.
    Morts d’amour ont leurs revanches.
        Hou ! hou ! hou !
    Le vent souffle dans les branches.


Le Coffret de santal

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PIERRE DE RONSARD •• ODE


Musique : Alain Clavier
Interprète : Jacques Marchais


Nous ne tenons en notre main
Le temps futur du lendemain ;
La vie n’a point d’assurance,
Et, pendant que nous désirons
La faveur des rois, nous mourons
Au milieu de notre espérance.

L’homme, après son dernier trépas,
Plus ne boit ni mange là-bas,
Et sa grange, qu’il a laissée
Pleine de blé devant sa fin,
Et sa cave pleine de vin,
Ne lui viennent plus en pensée.

Hé ! quel gain apporte l’émoi ?
Va, Corydon, apprête-moi
Un lit de roses épanchées.
Il me plaît, pour me défâcher,
À la renverse me coucher
Entre les pots et les jonchées.

Fais-moi venir Daurat ici ;
Fais-y venir Jodelle aussi,
Et toute la musine troupe.
Depuis le soir jusqu’au matin
Je veux leur donner un festin
Et cent fois leur pendre la coupe.

Verse donc et reverse encor
Dedans ceste grand’ coupe d’or :
Je vais boire à Henry Estienne,
Qui des enfers nous a rendu
Du vieil Anacréon perdu
La douce lyre téïenne.

À toi, gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles ;
Amour son compagnon te doit
Vénus, et Silène, qui boit
L’été dessous l’ombre des treilles.


Odes