Billets comportant le tag Hélène Martin
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FRANÇOIS VILLON •• L’ÉPITAPHE VILLON (BALLADE DES PENDUS)
Huit interprétations (1957-2000)

JACQUES AUDIBERTI •• ESSAI CHANTEUR
Musique : Hélène Martin
Interprète : Hélène Martin
J’en ai plein l’œuf de commenter l’ovaire
et le furoncle et tout ce qui s’ensuit.
Je veux pomper du vin dans un grand verre
et m’évader de l’asile de nuit.
Bon ! je le sais, que la vie est malsaine.
Je sais qu’elle est la grand mère des coups.
Oui, je le sais, qu’on crève dans la Seine,
faute d’amour, faute, des fois, de sous.
Mais j’en peux plus de porter dans ma tête
tous les tracas des compagnons humains.
C’est pas pour ça, mes parents, qu’ils m’ont faite.
C’est pas pour ça qu’ils m’ont donné des mains.
Ils m’ont donné des mains pour que je couse
sur un drap la fleur de ma pomme au four,
que je me fasse une gentille blouse
pour m’en aller du côté de l’amour,
non pas l’amour qui hurle et qui se griffe,
non pas l’amour qui tremble d’exister,
non pas l’amour penché sur l’hiéroglyphe
de cette vie, arche d’atrocité,
mais l’amour simple au fil d’une balade,
avec un type. Il me dit mon petit.
J’aime le flan, il aime la salade.
On va sur terre. On s’embrasse assorti.
Étrenne-moi car je suis une femme.
Serre bien fort, que t’es plus grand que moi.
Ne parlons plus de la mort ni de l’âme.
Jouissons-nous sans nous creuser pourquoi.
[…]
— Ange aux entrailles

PABLO NERUDA •• LE PARESSEUX
Musique : Hélène Martin
Interprète : Mireille Rivat
Continueront voyager choses
de métal entre les étoiles
des gens s’exténueront monter
pour violer la lune douce
là-bas fonder leurs pharmacies
En ce temps de vendanges pleines
le vin chez nous commence à vivre
de la mer à la Cordillère
Au Chili dansent les cerises
chantent des fillettes obscures
et dans les guitares l’eau brille
Le soleil joue à toute porte
Et fait miracle pour le blé
Le premier vin est vin rosé
Il est doux comme un enfant tendre
Le second vin est vin robuste
Comme la voix d’un marinier
Le troisième est une topaze
Incendie et coquelicot
J’ai mer et terre à la maison
Ma femme a des yeux gigantesques
Couleur des noisettes des bois
Et lorsque vient la nuit la mer
Se pare de blanc et de vert
Et puis dans l’écume la lune
Rêve en fiancée océane
Pourquoi donc changer de planète
— Estravagario, traduit par Aragon dans Élégie à Pablo Neruda

JEAN GENET •• LE CONDAMNÉ À MORT (EXTRAIT)
Musique : Hélène Martin
Interprète : Étienne Daho
Sur mon cou sans armure et sans haine, mon cou
Que ma main plus légère et grave qu’une veuve
Effleure sous mon col, sans que ton cœur s’émeuve,
Laisse tes dents poser leur sourire de loup.
Ô viens mon beau soleil, ô viens ma nuit d’Espagne,
Arrive dans mes yeux qui seront morts demain.
Arrive, ouvre ma porte, apporte-moi ta main,
Mène-moi loin d’ici battre notre campagne.
Le ciel peut s’éveiller, les étoiles fleurir,
Ni les fleurs soupirer, et des prés l’herbe noire
Accueillir la rosée où le matin va boire,
Le clocher peut sonner : moi seul je vais mourir.
Ô viens mon ciel de rose, ô ma corbeille blonde !
Visite dans sa nuit ton condamné à mort.
Arrache-toi la chair, tue, escalade, mords,
Mais viens ! Pose ta joue contre ma tête ronde.
Nous n’avions pas fini de nous parler d’amour.
Nous n’avions pas fini de fumer nos gitanes.
On peut se demander pourquoi les cours condamnent
Un assassin si beau qu’il fait pâlir le jour.
Amour viens sur ma bouche ! Amour ouvre tes portes !
Traverse les couloirs, descends, marche léger,
Vole dans l’escalier plus souple qu’un berger,
Plus soutenu par l’air qu’un vol de feuilles mortes.
Ô traverse les murs ; s’il le faut marche au bord
Des toits, des océans ; couvre-toi de lumière,
Use de la menace, use de la prière,
Mais viens, ô ma frégate, une heure avant ma mort.
— Le Condamné à mort