ROBERT DESNOS •• THE NIGHT OF LOVELESS NIGHTS (EXTRAIT)
Musique : Michel Legrand
Interprète : Yves Montand
[…]
Coucher avec elle
Pour le sommeil côte à côte
Pour les rêves parallèles
Pour la double respiration
Coucher avec elle
Pour l’ombre unique et surprenante
Pour la même chaleur
Pour la même solitude
Coucher avec elle
Pour l’aurore partagée
Pour le minuit identique
Pour les mêmes fantômes
Coucher coucher avec elle
Pour l’amour absolu
Pour le vice pour le vice
Pour les baisers de toute espèce
Coucher avec elle
Pour un naufrage ineffable
Pour se prostituer l’un à l’autre
Pour se confondre
Coucher avec elle
Pour se prouver et prouver vraiment
Que jamais n’a pesé sur l’âme et le corps des amants
Le mensonge d’une tache originelle
[…]
— Fortunes
JACQUES AUDIBERTI •• CHANSON DE ZOUIZOUI
Musique : Claude Nougaro et Maurice Vander
Interprète : Claude Nougaro
Nous n’avons pas de passeport.
Peut-être ce n’est pas la peine…
On va partout quand on est mort…
On glisse mieux sans une chaîne…
La rivière conduit au port…
Un cadavre n’a jamais tort…
Monde de fer ! Terre de l’or,
adieu !…
Adieu ! J’ai fini ma semaine…
— Septième (roman)
CHARLES D’ORLÉANS •• RONDEAU LXVIII
Musique : Jean Vasca
Interprète : Jean Vasca
Écolier de mélancolie,
Des verges de souci battu,
Je suis à l’étude tenu,
Dans les derniers jours de ma vie.
Si j’ai ennui, n’en doutez mie,
Quand me sens vieillard devenu.
Écolier de mélancolie,
Des verges de souci battu.
Pitié convient que pour moi prie
Qui me trouve tout éperdu ;
Mon temps je perds et ai perdu,
Comme rassoté en folie,
Écolier de mélancolie.
— Rondeaux
Une trentaine de titres, qui étaient devenus indisponibles à la suite de problèmes d’hébergement, sont de nouveau offerts à l’écoute. En tout, 118 titres sont actuellement répertoriés sur DJ Rimbaud.
JACQUES AUDIBERTI •• VERA-CRUZ
Musique : Jorge Milchberg
Interprète : Christine Sèvres
Ce petit qu’il faut qu’on fusille
on le mena devant la croix.
Cigarettes, blancheur de fille,
il tira, de sa poche, trois.
Une, il la mit à son esgourde,
l’autre à sa lèvre, et puis, en l’air,
il jette son chapeau qui tourne
comme le soleil du désert.
La troisième, soit une sainte,
sur le calvaire il la perdit.
C’est elle qui poussa la plainte
Puisque les hommes n’ont rien dit.
— Des tonnes de semence
(Pour Antoine et Renaud.)
MARCEL THIRY •• TOI QUI PÂLIS AU NOM DE VANCOUVER
Musique : Julos Beaucarne
Interprète : Julos Beaucarne
Toi qui pâlis au nom de Vancouver,
Tu n’as pourtant fait qu’un banal voyage ;
Tu n’as pas vu la Croix du Sud, le vert
Des perroquets ni le soleil sauvage.
Tu n’embarquas à bord de maint steamer,
Nul sous-marin ne t’a voulu naufrage ;
Sans grand éclat tu servis sous Stürmer,
Pour déserter tu fus toujours trop sage.
Mais qu’il suffise à ton retour chagrin
D’avoir été ce soldat pérégrin
Sur le trottoir des villes inconnues,
Et, seul, un soir, dans un bar de Broadway,
D’avoir aimé les grâces Greenaway
D’une Allemande aux mains savamment nues.
— Toi qui pâlis au nom de Vancouver
CHARLES BAUDELAIRE •• LES DEUX BONNES SŒURS
Musique : La Patère Rose
Interprète : La Patère Rose
La Débauche et la Mort sont deux aimables filles,
Prodigues de baisers et riches de santé,
Dont le flanc toujours vierge et drapé de guenilles
Sous l’éternel labeur n’a jamais enfanté.
Au poëte sinistre, ennemi des familles,
Favori de l’enfer, courtisan mal renté,
Tombeaux et lupanars montrent sous leurs charmilles
Un lit que le remords n’a jamais fréquenté.
Et la bière et l’alcôve en blasphèmes fécondes
Nous offrent tour à tour, comme deux bonnes sœurs,
De terribles plaisirs et d’affreuses douceurs.
Quand veux-tu m’enterrer, Débauche aux bras immondes ?
Ô Mort, quand viendras-tu, sa rivale en attraits,
Sur ses myrtes infects enter tes noirs cyprès ?
— Les Fleurs du mal (1861)
GUILLAUME APOLLINAIRE •• SI JE MOURAIS LÀ-BAS
Musique : Jacques Marchais
Interprète : Jacques Marchais
Si je mourais là-bas sur le front de l’armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s’éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l’armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l’espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l’étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l’espace
Comme font les fruits d’or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleurs plus de vitesse à l’onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L’amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu’on oublie
— Souviens-t’en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d’amour et d’éclatante ardeur —
Mon sang c’est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie
L a nuit descend
O n y pressent
U n long destin de sang
— Ombre de mon amour
ATTILA JÓZSEF •• CE N’EST PAS MOI QUI CLAME
Musique : Noir Désir et Christophe Perruchi
Interprète : Noir Désir
Ce n’est pas moi qui clame, c’est la terre qui tonne.
Gare à toi, gare, car le diable est devenu dément !
Fuis au fond des sources pures et profondes,
plie-toi dans la plaque de verre,
dérobe-toi derrière la lumière des diamants,
sous les pierres, parmi les insectes rampants,
ô, cache-toi dans le pain frais,
mon pauvre, pauvre ami,
infiltre-toi dans la terre avec les pluies nouvelles,
car c’est en vain que tu plonges ton visage en toi-même.
Tu ne pourras jamais le laver que dans l’autre.
Sois la lame de la petite herbe,
et tu seras plus grand que l’axe de l’univers.
Ô machines, oiseaux, feuillages et étoiles !
notre mère stérile réclame un enfant.
Mon ami, mon amour d’ami,
que cela soit terrible ou sublime,
ce n’est pas moi qui clame, c’est la terre,
ce n’est pas moi qui clame, c’est la terre qui tonne.
Traduction française : Gábor Kardos
— Ce n’est pas moi qui clame
CHARLES CROS •• L’ORGUE
Musique : Frédéric Navarre
Interprète : Jacques Marchais
Sous un roi d’Allemagne, ancien,
Est mort Gottlieb le musicien.
On l’a cloué sous les planches.
Hou ! hou ! hou !
Le vent souffle dans les branches.
Il est mort pour avoir aimé
La petite Rose-de-Mai.
Les filles ne sont pas franches.
Hou ! hou ! hou !
Le vent souffle dans les branches.
Elle s’est mariée, un jour,
Avec un autre, sans amour.
« Repassez les robes blanches ! »
Hou ! hou ! hou !
Le vent souffle dans les branches.
Quand à l’église ils sont venus,
Gottlieb à l’orgue n’était plus,
Comme les autres dimanches.
Hou ! hou ! hou !
Le vent souffle dans les branches.
Car depuis lors, à minuit noir,
Dans la forêt on peut le voir
À l’époque des pervenches.
Hou ! hou ! hou !
Le vent souffle dans les branches.
Son orgue a les pins pour tuyaux.
Il fait peur aux petits oiseaux.
Morts d’amour ont leurs revanches.
Hou ! hou ! hou !
Le vent souffle dans les branches.
— Le Coffret de santal